Banques : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

Samedi 11 février 2012, par Emmanuel MEYRIEUX // Vie de tous les jours

La plus belle opération que les banques ont réussi ces 50 dernières années, c’est de se rendre indispensable dans le quotidien de tous. Il fut une époque ou chaque jours de paye, on faisait la queue pour être payé en liquide, voire avec un chèque endossable dans n’importe quelle banque contre du liquide. Cette époque n’était certes pas idyllique, mais la notre n’est certainement pas meilleure.

En effet, de la même manière que ne pas posséder d’adresse rends très difficile tout projet d’obtenir un emploi, ne pas avoir de banque est de nos jours inconcevable. Tellement inconcevable que nous sommes prêts à les payer tous les mois.

D’ailleurs, pourquoi les payons-nous ? En tant qu’utilisateurs, nous pouvons légitimement nous poser cette question. Les services que nous facturent nos banques sont-ils réellement aussi chers ? Après tout, nous leur confions tout notre argent, et nous savons que cet argent ne reste pas à dormir dans leurs caisses : la raison d’être des banques est d’utiliser au mieux les liquidités qu’on leur confie.

Alors comment en sommes-nous venus à accepter de les payer pour conserver notre argent, alors qu’ils utilisent ce même argent pour faire des opérations qui leur bénéficient ? Je n’ai pas de réponse à cette question, mais en tant que consommateur je trouve cette situation très injuste.

J’ai choisi depuis quelques temps de reprendre en main cet aspect là de mes finances après avoir fait un constat simple : détenir un seul compte courant dans une grande banque française avec accès internet pour consulter mes comptes coutait pratiquement 100 € par ans, en comptant le petit « coup de pouce » de l’incident de fonctionnement à 10 € pour l’envoi d’un pli même pas recommandé. Je ne parlerais même pas des virements permanents mensuels facturés non pas à l’établissement du virement mais tous les mois lors de l’exécution de ceux-ci !

Les règles que je me suis données sont simples, et ont pour vocation de limiter le cout de mes opérations bancaires tout en utilisant à fond les garanties légales.

  1. Un compte par banque. L’état garantis les avoirs individuels dans chaque banque à hauteur de 100 000 €. Il ne faut donc de préférence jamais avoir plus de 100 000€ d’avoirs dans une seule et même banque (en ce qui me concerne, je ne possède de toutes façons pas une telle somme). Il n’empêche que dans le cas d’une défaillance bancaire, mieux vaut avoir des comptes dans d’autres banques parce que ce que l’état ne garantis pas, c’est en combien de temps la garantie s’applique. De plus une banque qui totalise tous vos comptes a un pouvoir énorme sur vous. Ils connaissent vos en-cours, votre salaire, l’endroit ou vous faites vos achats (et éventuellement le type de choses que vous achetez). Enfin, avoir plusieurs banques permet de plus facilement en changer : la banque destinatrice vous connaitra avant de déménager votre compte principal, ce qui fera gagner du temps.
  2. Une bonne banque est une banque peu chère. La qualité de service d’une banque n’est pas proportionnelle à son coût. De plus chaque banque ne facture pas les mêmes frais pour les mêmes opérations. C’est pourquoi il est impératif de bien étudier ses besoins avant de signer. Suivant ce que vous attendez de votre banque, il sera plus intéressant de s’orienter vers tel établissement ou tel autre. De manière générale, il faut se méfier des « forfaits tout compris » et éviter les banques qui les pratiquent car bien sûr les tarifs de chacun des services compris dans le forfait sont étudiés pour favoriser le forfait. Cette règle du forfait admet bien sûr des exceptions, c’est pourquoi il faut dans tous les cas étudier les tarifs qui sont disponibles auprès de toutes les banques et de leurs sites web.
  3. Ne pas hésiter à poser des questions idiotes. Pour valider les prix d’une banque, ne laissez rien au hasard. Appelez-les et posez-leur des questions. Les banquiers ne sont plus les personnes cultivées ayant fait des études financières d’il y a 50 ans. Ce sont des personnes ayant fait des études de commerce pas forcément très longues, aidées par des systèmes informatiques. En posant bien vos questions, voire en leur exposant carrément les cas qui vous semblent litigieux par rapport à la tarification, ils vous permettront de savoir si vous frappez à la bonne porte ou pas. C’est important de le savoir avant de décider de leur faire confiance.

Pour terminer cet article, je vais donner les règles tarifaires qui me semblent indispensables pour ouvrir un compte :

  • Pas de frais de tenue de compte. Les frais d’ouverture et de fermeture sont maintenant gratuits pour tous les produits bancaires courants (c’est la loi).
  • La consultation de votre solde sur internet gratuit. Avec internet, chacun y gagne : la banque a besoin de moins d’employés de proximité pour gérer les comptes, et vous avez besoin uniquement d’une connexion internet que vous payez déjà certainement.
  • Les virements gratuits. Attention je parle de tous les virements : internes à la banque, vers l’extérieur, ponctuels ou à périodicité fixe, à la réception comme à l’émission. Tant que la devise est la même entre les comptes d’origine et cible, il n’y a aucune raison d’appliquer des frais.
  • Pas de frais d’incident de fonctionnement. Les frais d’incident de fonctionnement, c’est comme tirer sur une ambulance : non seulement vous êtes (très) à découvert (sinon il n’y aurait pas d’incident), mais en plus la banque vous facture un surplus qui vient se rajouter à votre découvert ! Ce qui est certain, c’est que ce n’est pas de cette manière que vous vous en sortirez. Surtout si comme moi vous avez été dans une banque qui facture sa somme forfaitaire pour chaque opération qui emmène votre compte dans les profondeurs du découvert. Évitez-vous cette situation en refusant ce type de frais, quitte à avoir un taux d’intérêts à découvert plus important. Une situation de découvert devant être de toutes façons exceptionnelle, et ce taux ne pouvant pas dépasser un certain seuil (le taux d’usure), il est plus intéressant d’éviter l’écueil des incidents de fonctionnement.
  • Si possible, la carte bancaire gratuite. Certaines banques la propose, avec des conditions particulières (généralement un en-cours minimum chez eux ou la domiciliation d’un salaire minimum). Ça vaut le coup pour votre compte principal d’avoir cette carte gratuitement.